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Centre Hospitalier
Sainte-Anne
Institut Hospitalier
de Psychanalyse
1, rue Cabanis
75014 Paris
Tél : 01.45.65.80.88.

Comité scientifique :

Jean-Toussaint Desanti (†),
Barbara Cassin, Elisabeth de Fontenay,
François Guéry, Stéphane Habib,
Dominique Lecourt, Colette Soler

Direction – Rédaction :

Françoise Gorog,
Stéphane Habib

Conseil de rédaction :

Jean-Paul Dollé, François Eldin de Pécoulas, Luc Faucher,
Dominique Hémy-Dockès, Diana Kamienny, Frédéric Pellion.

Rédaction et administration :

Centre Hospitalier Sainte-Anne

Institut Hospitalier de Psychanalyse
1, rue Cabanis
75014 Paris
Tél : 01.45.65.80.88.

 

Présentation

On connaît les mots célèbres de Freud : Je me suis refusé l’éminent plaisir de lire les oeuvres de Nietzsche dans l’intention délibérée de ne pas me laisser entraver, dans l’élaboration des impressions reçues en psychanalyse par aucune sorte d’idées anticipatrices. Nietzsche, philosophe de qui les divinations et les intuitions concordent souvent de la façon la plus étonnante avec les résultats laborieusement acquis de la psychanalyse, fut pendant longtemps évité par moi pour cette raison même.

Forts de cet ironique patronage, nous nous sommes proposés de faire résonner ensemble ces alliés substantiels – pour reprendre l’expression de René Char – philosophie et psychanalyse. Chacune, dans son ordre, et sans qu’aucun syncrétisme ne préside à leur dialogue, tente de démêler les fils de l’animal doué de langage.

Une série de conférences du lundi a donc été animée par Françoise Gorog, Catherine Millot, Luc Faucher et Patricia Gavilanes, dans la salle d’enseignement du service dont elle a la responsabilité à Sainte Anne.

Les textes rassemblés ici en sont la transcription.

La psychanalyse n’est pas « une Weltanschauung« . C’est le titre du dernier article de Freud des « Nouvelles conférences ». Heidegger, peu après pointera que la philosophie n’en est pas une non plus. Et Lacan, à son tour y reviendra avec insistance. Celui-ci a pu relire Freud avec ce qu’il a appris de la philosophie classique et des recherches de ses contemporains capitaux.

C’est pourquoi il est nécessaire d’étudier les grands textes philosophiques auxquels il se réfère. C’est la première raison des rencontres que nous avons souhaitées.

De plus – et cela en est la seconde raison – si nul n’ignore ce que le discours analytique lacanien dût d’abord à sa lecture des philosophes, il faut penser que la poursuite de la réflexion des psychanalystes aurait tout à perdre en s’abstrayant du travail actuel des philosophes.

Enfin, certains des intervenants, ni psychiatres, ni psychanalystes, philosophes souvent, ont été sensibles à l’intérêt d’avoir ces échanges dans ce lieu – l’hôpital psychiatrique toujours menacé de grand renfermement – et de confronter leur point de vue philosophique au discours analytique.

Quant aux psychiatres, ils ont affaire à une nouvelle conjoncture. En effet, la psychiatrie s’est éloignée de la réflexion philosophique comme de la psychanalyse depuis la fin des années 70. Elle a réalisé des progrès, précieux pour celui qui souffre et s’adresse à elle, tant en terme de recherche de traitements biologiques moins pourvoyeurs d’effets dit secondaires ou latéraux qu’en terme de réduction des traitements prodigués à l’hôpital au bénéfice de pratiques ambulatoires. Il n’y a pas lieu de bouder ce progrès. Pourtant, le creuset de pensée libérateur auquel elle s’était ouverte et auquel elle avait participé sous l’influence de Jacques Lacan, psychanalyste – mais qui avait été aussi psychiatre – paraît menacé en France. Dans beaucoup d’autres parties du monde, l’écart entre la pratique psychiatrique et la réflexion sur le sujet parlant est désormais total. Il nous semble pourtant que la jeune génération de psychiatres s’intéresse de nouveau – et plus encore ces toutes dernières années – à cette alliance entre leur pratique et une pensée qui ne se réduit pas au néopositivisme dominant. Ils ne veulent pas, ces jeunes praticiens, tomber sous le coup de la misologie que Platon n’avait pas tort -soulignons le – de stigmatiser. La psychiatrie a tout à gagner à dialoguer avec la philosophie et à inventer sa « folisophie » pour reprendre un terme de Lacan.

Dans son séminaire de 1977 dont le titre indique clairement un temps de son enseignement, « Le moment de conclure », il revient sur le rapport de la psychanalyse et de la philosophie allant jusqu’à parler de la philosophie de Freud « Ce que je fais là, comme l’a remarqué quelqu’un de bon sens, qui est Althusser, c’est de la philosophie, mais la philosophie, c’est tout ce que nous savons faire. Mes nœuds borroméens, c’est de la philosophie aussi, c’est de la philosophie que j’ai manié comme j’ai pu, en suivant le courant, si je puis dire, le courant qui résulte de la philosophie de Freud. » Ce propos témoigne à tout le moins de ce qu’il devait à la personne d’un philosophe ami, et plus encore, sans aucun doute, à la pensée philosophique.

Jean Paul Dollé
Françoise Gorog