Dire maintenant, dans le chagrin, ce que nous avons perdu dans le départ de Jean-Paul Dollé, c'est l'impossible. Au jour le jour, au quotidien les traces de la perte incommensurable s'inscrivent et s'inscriront encore. C'est qu'en 1999, par la rencontre de Françoise Gorog et de Jean-Paul Dollé, auxquels se joignirent Catherine Millot, François Guéry et Stéphane Habib, apparaissait sur la scène de la pensée cela qui ne ressemblait à rien d'existant auparavant et pour quoi, parce qu'on ne peut pas ne pas nommer, ils inventèrent comme nom CoRA. Oui tout dans ce nom surdéterminé nous dit qu'il y a douze ans, avec Jean-Paul Dollé, c'est la philosophie qui fit son entrée à Sainte-Anne. Mais la philosophie était non seulement pour lui cet amour de la sagesse que l'on sait, mais encore amour de la vérité, du désir, de la révolution. Ainsi nous apprit-il à penser tout à la fois et dans un collectif de recherche analytique : la littérature, la philosophie, la ville, la poésie, la psychanalyse, l'architecture et le politique. C'est ce souffle-là qui nous quitte et qui nous laisse sans voix, qui nous tenait et auquel nous ne cesserons de tenir la respiration même de la pensée.
Françoise Gorog, Stéphane Habib, Catherine Millot.